dimanche 19 février 2017

Citrouille a 25 ans ! Et voici les 76 couvertures....


Le n°0 de Citrouille est paru en janvier 1992. Les deux premières années, la revue des Librairies Sorcières est éditée en partenariat avec le CRDP de Grenoble.


C’était déjà du Marion Achard... Maintenant je le saurai !



Honte à moi, jusque là je n’avais pas vraiment repéré le nom de Marion Achard sur bon nombre des ses romans que j'ai lus, et alors que je les ai tous aimés ! Échange caravane pourrie contre parents compétents, Touts seuls, Pourquoi je suis devenue une fille, Comment j’ai survécu à la sixième…. c’était bien, tout ça ! Eh ben c’était du Marion Achard... Maintenant je le saurai ! Et ce dernier titre dévoré d’une traite me convainc définitivement de son talent.

Elle s’appelle Daboka, elle vit au cœur de la forêt amazonienne avec sa petite sœur Loca, son père, sa mère et tous les membres de sa communauté. Cette tribu pacifique de chasseurs-cueilleurs habite là depuis la nuit des temps et répète les gestes transmis par les anciens, de génération en génération.

Comme à chaque fois que la lune croît, tous se préparent à rendre visite à leurs cousins, leurs frères, une tribu voisine qui habite un peu plus loin dans la forêt. On prépare le cochon d’eau boucané que l’on emportera pour le voyage, les femmes écrasent des baies et du charbon de bois pour préparer les pigments qui maquilleront corps et visages.

« Lentement, ma mère enduit mon corps de blanc, puis avec une fine baguette elle dessine des motifs géométriques. Assipi la rejoint et trace sur mon ventre de longues lignes ondulées avec la teinture rouge. De sa main habile, elle réalise des symboles d’animaux aquatiques. Le long de mes bras s’enroule la spirale d’un anaconda. Pour finir elle trace un trait incolore qui s’étire d’une oreille à l’autre, puis quadrille mon front, mes joues, mon menton. Pour l’instant le tatouage est presque invisible, mais demain ma peau se teintera de noir pour de nombreux jours ».

La dernière nuit avant le grand départ, à l’abri des arbres immenses, tous les membres de la tribu s’endorment en se serrant pour se tenir chaud. Le lendemain, tandis que Daboka chemine avec les siens dans cette forêt qu’elle connaît par cœur, une odeur âcre et suffocante leur parvient, couvrant toutes les essences sylvestres. Devant eux la forêt est coupée en deux, éventrée par un long ruban noir dont on ne voit pas la fin, des monstres aux reflets métalliques déchirent le silence des lieux, des hommes blancs s’affairent, s’interpellent et vocifèrent. Daboka et sa tribu retournent en courant à leur campement mais leur destin funeste est en marche: les hommes blancs finissent par les rattraper et faire un carnage. Seules Daboka et sa petite sœur Loca seront épargnées.

Conduites dans un village, elles sont presque une attraction pour les gens du coin qui les observent comme des bêtes de foire et les prennent en photo. On cherche à couvrir leurs corps nus, à les habituer à cette autre existence. Si sa petite sœur semble peu à peu s’acclimater à cette nouvelle donne, Daboka elle, n’oublie rien de sa vie passée, de sa forêt perdue et de son peuple assassiné:

« Je perds Loca, je le sais. Chaque jour elle apprend de nouveaux mots. Chaque joue elle s’attache à sa nouvelle famille. Elle ne dort plus par terre à mes côtés, mais dans un hamac suspendu dans la cabane. Elle retrouve son insouciance de petite fille. Elle s’adapte. Moi, je ne veux pas. J’ai noyé mes chaussures dans la rivière, une fois, deux fois, trois fois. Pour finir, Gissel a renoncé à m’en faire porter ».

Une belle écriture vibrante porte et anime ce court roman sans concession qui dépeint une triste réalité: chaque année, inexorablement, de puissants groupes financiers exploitent des gisements pétroliers en plein cœur de la forêt amazonienne. Des hectares et des hectares de jungle sont détruits, privant les natifs de leurs terres ancestrales, les obligeant sans cesse à se déplacer, quand ils ne sont pas purement et simplement éradiqués par des maladies ou des massacres.

Ce récit à la première personne nous rend plus intime et plus proche le combat de ceux qui n’ont jamais la parole. C’est très beau, et la fin, particulièrement émouvante, résonne longtemps comme une prière.

Nouvelles contemporaines. Regards sur le monde : lu par le club des lecteurs de la Librairie Tire-Lire à Toulouse


Nouvelles contemporaines. Regards sur le monde, est un recueil de nouvelles, écrites par Delphine de Vigan, Timothée de Fombelle et Caroline de Vermalle, paru en 2012.

Cet ouvrage ne recèle que de nouvelles écrites à la première personne, et chacune d’elles met en scène des personnages, des familles,… toujours différents.

Elsa compte le temps qu’il reste avant que son père ne revienne, et, à force de compter, elle pense que son cœur devient sec ; May dessine sa future maison pendant la nuit, dans son hôtel ; un écrivain nous raconte sa vision du monde à travers son écriture ; Gaston, un homme âgé, ne cesse de penser que les choses auraient pu être différentes si son père n’était pas parti à la guerre, et continue à l’attendre dans son carrousel ; Vincent, qui cherche à redonner goût à la vie à sa fille qui a essayé de se suicider. Tous ces personnages sont héros de différentes nouvelles, et chacun possède sa propre conception du monde. Regarder les choses à travers les yeux d’Elsa, c’est différent qu’à travers ceux de May ou ceux de Vincent. Et cela entraîne une réflexion sur notre propre perception de ce qui nous entoure et de ce que l’on vit.

Tous les membres du club des lecteurs s’accordent à dire que les nouvelles ne sont pas toutes égales. Cela étant, si certaines n’ont pas été appréciées par un lecteur, elles peuvent avoir été adorées par un autre. Voilà pourquoi il est difficile de ne citer qu’une seule opinion de lecteur. Je vous propose donc trois réflexions de lecteur, créées par la lecture de trois nouvelles différentes:

Pour Ambre, la nouvelle de Timothée de Fombelle « J’ai attendu » fut une véritable révélation. Après avoir longtemps réfléchi à la signification de l’attente du personnage principal, elle a réalisé que nos conditions de vies ne tiennent parfois (notamment lorsque l’on est enfant) qu’à la chance ou la malchance. Cela soulève des interrogations quant aux notions d’inégalité et d’injustice – « pourquoi moi, et pas elle ? » -, mais aussi de hasard.

Pour Paolo, c’est la nouvelle de Caroline Vermalle « La Fille du déménageur » qui l’a le plus enthousiasmé. Cette nouvelle, entièrement fondée sur la relation entre un père et sa fille, est un exemple évident selon lui que l’argent ne fait pas le bonheur, et que le bonheur ne s’achète pas. On ne le trouve que dans l’amour et l’affection que l’on porte aux gens qui nous sont importants et dans la capacité à le leur dire.

Pour Martin, la nouvelle de Timothée de Fombelle « Le Dernier tour » est bouleversante. Déjà, dans un premier temps, parce que les derniers instants changent tout à fait la compréhension de l’intégralité de la lecture. Mais aussi, et surtout, parce qu’elle met en évidence le chagrin intarissable que peut nous procurer la perte d’un être cher, et comment la tristesse peut « rendre fou » lorsqu’elle est liée à un refus de continuer à vivre malgré tout.

Et vous, quelle nouvelle aura changer votre regard sur le monde ?…

Librairie Sorcière Tire-Lire

ACHETER EN LIGNE
Nouvelles contemporaines. Regards sur le monde
D. de Vigan, T. de Fombelle et C. Vermalle
Livre de poche – Avril 2012

Ce qui restera gravé en moi, c'est la gentillesse de Jirô Taniguchi... - par Nadia Gibert


Nadia Gibert a été éditrice de Jirô Taniguchi pendant plus de vingt ans. Voici son témoignage sur cette belle relation professionnelle :

« J'ai eu la chance, le plaisir et l'honneur de travailler d'abord sur les livres de Jiro Taniguchi depuis L 'homme qui marche jusqu'à sa dernière création, Elle s'appelait Tomoji, soit plus de vingt ans à lire et relire ses albums avec toujours la même émotion. Ensuite j'ai rencontré l'homme et, au fil des ans, une véritable complicité s'est installée entre nous. Nos rendez-vous réguliers à Tokyo, à Paris ou en Italie nous ont permis de construire une relation basée sur l'écoute, la confiance, l'échange. Lors de ces rencontres nous parlions de tout, de ce qui se passait à Paris ou à Tokyo, des romans que nous avions lus, des derniers films vus, des bandes dessinées françaises qu'il avait lues sans en comprendre le texte. Tout ceci grâce à la traduction de Corinne Quentin. Les après-midi s'écoulaient ainsi durant lesquels j'oubliais que j'étais son éditrice, tout entière à nos conversations. S'en suivait un dîner auquel Louis Delas nous rejoignait et nous étions repartis pour quelques heures, où les éclats de rire figuraient au menu.

Ce qui restera gravé en moi, c'est la gentillesse de Jirô Taniguchi, son extrême bienveillance envers les autres, et surtout son sourire tout en retenue mais tellement lumineux. Les relations auteur/éditeur sont fondées sur une confiance mutuelle, construite et consolidée au fil des années. A ce titre je remercie les Editions Casterman et aujourd'hui les Editions Rue de Sèvres de m'avoir permis de vivre cette magnifique relation avec Jirô Taniguchi.

Il me reste un regret, que partage sûrement Louis Delas, c'est celui d'avoir reporté l'invitation de Jirô Taniguchi à l'accompagner dans un endroit du Japon qui lui tenait à coeur. Il voulait nous faire partager sa passion des bains et avait, je crois, l'envie secrète de rendre Louis plus zen ! Il nous fallait plus de temps, mais surtout, prendre ce temps qu'il décrit si bien dans ses albums et rallonger notre séjour de trois jours. Trois jours, que nous n'avons pas su prendre. 

Jirô Taniguchi est une belle personne, il le restera dans la mémoire de ceux qui l'ont connu et dans celle de tous les anonymes qui l'ont lu. »

Nadia Gibert, éditrice

dimanche 12 février 2017

Prix Sorcières 2017... Voici les nominés !


TOUT-PETITS

-Compte sur tes doigts ! Claire Dé, Editions des Grandes Personnes
-Le chat, Céline Lamour-Crochet, Editions Mouck
-Paul a dit : tourne la page et découvre la surprise, Delphine Chedru, Éditions Hélium
-Rouge, Michel Galvin, Éditions du Rouergue Jeunesse
-Une parfaite journée, Jennifer Yerkes, Editions Notari



ALBUMS

-Je suis la méduse, de Béatrice Fontanel et Alexandra Huard, aux Editions Les Fourmis Rouges
-Petite pépite, de Nada Matta, aux éditions MeMo
-ExtraVaGant, de Betty Bone, aux Editions courtes et longues
-La Grande Forêt, de Anne Brouillard, à l'école des loisirs
-Broutille, de Anne Herbauts, chez Casterman Jeunesse



PREMIÈRES LECTURES

-Krol le fou, de Sigrid Baffert, à l'école des loisirs
-Le petit réparateur d'insectes, de Nastasia Rugani, à L'Ecole des Loisirs
-Bjorn : six histoires d'ours, de Delphine Perret, aux Editions Les Fourmis Rouges
-Les aventures de Lester et Bob, de Ole Konnecke, à L'Ecole des Loisirs



ROMANS JUNIORS

-Jonas dans le ventre de la nuit, Alexandre Chardin, Thierry Magnier Éditions
-Hugo de la nuit, Bertrand Santini, Éditions Grasset Jeunesse
-Les chroniques d'Hurluberland, Olivier Ka, Éditions du Rouergue Jeunesse
-Sally Jones, Jakob Wegelius, Thierry Magnier Editions
-Un enfant de pauvres, Christophe Honoré et Gwen Le Gac, Actes Sud junior



ROMANS ADOS

-Camarades, Shaïne Cassim, l'école des loisirs
-Histoire du garçon qui courait après sa balle qui courait après son chien, Hervé Giraud, Thierry Magnier Editions
-Jan, Claudine Desmarteau, Thierry Magnier Éditions
-Le fils de l'ursari, Xavier-Laurent Petit, l'école des loisirs
-Les petits orages, Marie Chartres, l'école des loisirs

DOCUMENTAIRES

-Atlas des nuages, Julie Guillem, Actes Sud junior
-Ça va jouer, Anna Czerwinska-Rydel et Marta Ignerska, Editions Format
-Comment fabriquer son grand frère, un livre d'anatomie et de bricolage, Anaïs Vaugelade, l'école des loisirs
-Egyptomania, Carole Saturno et Emma Giuliani, Editions des Grandes Personnes
-La vie d'une reine, Colette Portal, Editions Michel Lagarde

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