samedi 18 mars 2017

Voyage voyage....


(C’est bon ? Vous l’avez bien dans la tête la chanson pourrie ? C’est cadeau.)
Quittons travail, famille et patrie, laissons là les enfants, les maris, les amants et partons.
Oui, partons le cœur en bandoulière et la valise à la main.
Ou bien l’esprit libre et les mains dans les poches si vous êtes comme moi en phase de décroissance (et quand on est libraire, croyez-moi, on décroit très facilement).
Bref sans plus attendre partons en voyage.

En effet est-il plus belle aventure que le voyage, celui qui nous pousse à sortir de notre zone de confort, nous invite à des expériences inédites, nous ouvre à des cultures différentes et nous permet de rencontrer l’autre ? N’est-ce pas d’ailleurs un peu nous mêmes que nous partons chercher quand nous partons en voyage ? (Je suis en train de lire du Christophe André, je sais pas si ça se voit).

Le voyage depuis la nuit des temps fait pour ainsi dire partie de notre ADN.
Mais cet élan qui nous pousse à partir n’a pas toujours été synonyme de loisir ou de villégiature. C’était bien au contraire une nécessité si l’on remonte aux temps préhistoriques où les hommes devaient sans cesse se déplacer et parcourir des kilomètres pour assurer leur survie. Si le développement de l’agriculture les a sédentarisés, le besoin de commercer les a peu à peu poussés à partir pour échanger leurs marchandises.

De grandes routes furent ainsi ouvertes au cours des siècles, la route de l’encens, la route de la soie ou du sel où des biens précieux étaient échangés. Ces voyages de négoce ont poussé les hommes à entreprendre de plus grandes expéditions pour ouvrir de nouvelles voies maritimes et conquérir de plus vastes territoires.
Ce fut les temps des explorateurs célèbres, des premiers tours du monde et des grandes découvertes pour le meilleur, comme l’élaboration des premières cartes de géographie, la découverte de  denrées inédites et d’animaux inconnus et pour le pire évidemment avec des populations autochtones colonisées et réduites en esclavage.

Au fil des voyages, la connaissance du monde s’affine, et les idées circulent en même temps que les gens, permettant à la philosophie, à l’art, à la science, bref à tous les champs de la connaissance de faire des pas de géant. 
C’est ce large panorama des voyages à travers les âges et les lieux que dresse ce documentaire singulier, illustré avec douceur et style par le trait de Barroux. J’aime décidément beaucoup son travail, les contours un peu flous, les silhouettes souples et cette palettes d’ocres et de beiges qui nimbe les paysages de lumière. Le texte très informatif reste fluide, très agréable à lire et l’ensemble se parcourt du coup comme un album.

Intéressant d’aborder ainsi le thème du voyage, non ? A noter que Mister Barroux a également commis un autre livre sur ce même thème du voyage mais chez un autre éditeur. Il s’agit d’un bel album sans texte et dessiné au trait qui nous invite à suivre les tribulations d’un globe-trotter par monts et par vaux, en train, en bateau ou à pied. 
Nous cheminons avec lui au gré des pages qui se déploient en fresque dans cet élégant format que l’on nomme leporello quand on est pro.
- Comment s’appelle déjà ce type de livre qui se déplie comme une frise ? me demandait tantôt une cliente avisée.
- Un vaporetto, ai-je répondu sans sourciller (bravo la  crédibilité professionnelle).

Mea culpa, je n’étais pas au top de ma forme, mais comme dirait l’autre, la France est plus grande que mes erreurs, hein (ah ah qu’est-ce qu’on rigole).

Bon voyage à tous !

Véronique Benay - Librairie la Boîte à Histoires à Marseille

Histoire de voyager. Texte d’Ingrid Thobois. Illustrations de Barroux . Editions Kilowatt. Collection Histoire de …16.50 €.

Voyages. Illustré par Barroux. Editions A pas de loups. 17,00 €.
 

Jean-Hugues Malineau, le poète des enfants dans les étoiles


« L'écriture pour enfants m'est un vrai amusement, j'aime faire chanter les sons ou jouer avec les mots mais aussi rejoindre ma propre enfance, en évoquant des émotions de petit garçon ».
Les poètes sont tristes. Leur printemps a fleurir mais il manque un ami. Jean-Hugues Malineau, mort le 9 mars à l'âge de 72 ans. Tristes aussi les libraires, les éditeurs, les écrivains, les illustrateurs, les bibliothécaires, les enfants...

Jean-Hugues Malineau était un homme multiple, au sourire doux et attentif. Quelques-uns ont eu la chance de bénéficier de son enseignement au collège, au lycée ainsi qu'à l'université. Avant la fin des années 1970, le professeur quitte l'école. Sa vie sera désormais tournée vers la poésie, la littérature jeunesse, l'édition, les livres, la typographie, les ateliers d'écriture. Pendant quatre ans, il est le président de la Charte des Auteurs et Illustrateurs pour la Jeunesse. Son engagement pour la lecture, les mots, l'imagination, la beauté, les enfants était sans relâche. Nous en trouvons de nombreuses illustrations dans d'aussi nombreux albums. Des poèmes de toutes les couleurs a été publié en septembre 2016. Un précieux cadeau que nous laisse Jean-Hugues Malineau. Aux poèmes choisis par lui, succèdent des poèmes écrits par lui.

Librairie Sorcière La Courte Échelle à Rennes

Les enfants, la poésie. Question n°5: est-il interdit de faire durer le Printemps?


Par Alain Serres, écrivain, directeur des éditions Rue du monde

À ceux qui se contenteraient de ne faire durer le Printemps des poètes que pendant les quinze journées de son temps officiel, je voudrais opposer un droit vital de le prolonger au fil de cette troublante saison dont il emprunte le nom. En mars, avril, mai… lis donc le poème qui te plaît.
Et le droit de poursuivre le Printemps durant l’été qui suit ; la poésie, ça rafraîchit tellement l’esprit.


Juin— la neige
  de bourgeons
sur le sol. *


C’est Jack Kerouac, qui a relevé ce haïku, posé à ses pieds.


Mais pourquoi ne pas tenter de faire durer le Printemps des poètes tout l’automne et l’hiver suivants afin de ne pas mourir de froid ou de repli sur soi ? On peut, par exemple, réchauffer notre langue française avec le bois sonore des textes de Senghor ou de Césaire. On oublie trop ces autres façons d’aimer le français loin de Paris intra-muros.**Ou avec le petit bois sec d’un poème de l’amérindien Atahualpa Yupanqui.***. Il y a si peu de mots venus de tous ces ailleurs dans les cahiers de poésie des enfants de France.
La poésie s’imprime sur toute la carte du monde. Elle s’installe aussi sur la page à sa guise et parfois même, elle s’affiche***. La poésie, cet autre temps, cet autre espace, nous le dit nous l’écrit : nous ne sommes bien plus que des objets en trois dimensions.


Que toute l’année, et partout, vive donc la poésie et chacune de ses infinies couleurs, malgré ce que l’actualité du monde lui inflige. Il y a justement de bonnes librairies qui ont un rayon poésie toute l’année ! Même ouvert aux enfants. Et sur les étagères des médiathèques, de janvier à décembre, poussent des poèmes à foison… Que vivent longtemps les librairies jusqu’à la plus petite du pays et que jamais le beau réseau des bibliothèques qui émaillent le territoire ne soit privé des moyens de cultiver notre jardin public. La poésie ne se nourrit pas que d’amour et surtout pas d’eau sèche. Parfois, à la veille d’élections, on tremble…


Revendiquons le droit à la poésie tout au long de la vie. À la poésie vivante. Celle qui s’écrit aujourd’hui doit d’évidence rencontrer les femmes, les hommes et les enfants d’aujourd’hui. Comme une poignée de légumes tout juste cueillis, déjà poêlés et savourés : les maraîchers et les poètes veulent partager avec leurs contemporains !
Profitons du poète tant qu’il est vivant. Si, si, cela existe, des poètes vivants, même si les enfants s’en étonnent parfois quand ils en reçoivent un dans leur classe. Ils les croyaient tous au cimetière, couchés sous un livre de pierre !
La poésie c’est bien du vivant. Et même quand elle nous vient d’un lointain passé, le poème est gorgé de vie.


Merci au Printemps des poètes de nous donner l’occasion de penser, de dire tout cela. Et d’agir aussi : allez ! envoyez un poème à vos amis aujourd’hui, même un minuscule. Mais avant tout sentez-vous libre…


Si la poésie vous ennuie,
Mangez de l’ail, ça tue les vers.


Jean L’ Anselme ****


Demain, si tout va bien, je me poserai encore bien des questions


A.S.

* Le livre des haïkus (La table ronde)

** Le français est un poème qui voyage, anthologie de poèmes francophones (Rue du monde)

*** Tour de terre en poésie, anthologie multilingue de poèmes du monde (Rue du monde)

*** Pensées et proverbes de Maxime Dicton (Rougerie)

Retrouvez ici les 4 autres questions Les Enfants, la Poésie :
https://goo.gl/2xKT1L

Sexe, drogue et rock’n’roll à Versailles !




Voici un premier roman décapant inscrit dans un décor à la «Marie Antoinette» et un univers décadent. Sexe, drogue et alcool, ambiance rock’n’roll garantie à Versailles ! Bienvenue dans un monde de paillettes et de faux semblants où les jeux de manipulation sont plus mesquins qu’ils n’y paraissent…

Charlotte et Billy se connaissent depuis l’enfance et n’envisagent pas de vivre séparés. Ils espèrent s’échapper de leur village qui ne leur offre aucune perspective d’avenir et s’envoler vers la capitale pour vivre leur rêve de liberté. C’est alors que Billy saisit l’opportunité du siècle : postuler à un casting exceptionnel en vue d’intégrer «les Voluptueuses», une communauté entourée de mystère où de jeunes gens talentueux sont choisis pour dévoiler leurs prouesses artistiques. Ils ont la chance et l’honneur d’intégrer la cour d’un richissime aristocrate résidant dans un luxueux château isolé sur une île écossaise. Cet homme fascinant appelé «Le Marquis», connu pour son excentricité, fait vivre ses fidèles dans le raffinement et l’opulence, un univers où tous les excès sont permis tant que l’art et la création sont au rendez-vous.

Dans le domaine protégé du Marquis, la jeunesse totalement coupée de la vie réelle s’abandonne dans les artifices du succès et de l’apparence sans penser que l'intimité est mise à prix. Un jeu dangereux qui risque de brûler bien des ailes… Pourtant, Billy est prêt à tout quitter et à renoncer à son passé pour vivre cette expérience inédite. Charlotte se résigne à le suivre dans cette folie qui va vite les dépasser.

Marquise est un roman rafraîchissant doté d’une énergie grisante, portrait au vitriol de nos sociétés modernes. La chute, saisissante, nous fait froid dans le dos par son terrible accent de réalisme. Et si nous en arrivions vraiment là ? Une mise en garde alarmante sur les dérives de notre époque.

Solène - Librairie Sorcière M'Lire à Laval

MarquiseJoanne RichouxSarbacane, eXprim' - 15.50€

Cessez de m'importuner, avec votre littérature jeunesse !

(Illustration de Mathieu Roussel pour Citrouille n°46, 2007)

Fin mars 2002, (ou alors était-ce un 1er avril ?), sur son site Citrouille publiait une lettre d'un certain monsieur Bougon :

«A l'orée de son déjà bon paquet de printemps, je voudrais vous poser une question à propos de la littérature de jeunesse.
Depuis le temps que des gamins y sont nourris, à votre littérature de jeunesse, y a-t-il moins de violence et de racisme dans les cours de récré, moins de guerres et de haine dans la monde ?
La littérature de jeunesse a-t-elle empêché la bête immonde de grogner dans le ventre de ses lecteurs devenus élécteurs ?
Le Petit Prince a-t-il apprivoisé le monde, et Chien Bleu protégé les petites filles menacées ?
Vos murails et consorts sont-ils des remparts ?
Ça se saurait !
Alors cessez de m'importuner, avec votre littérature jeunesse !
»

Quelques semaines plus tard, une internaute lui répondait :

«Cher Monsieur Bougon,

Comme stagiaire dans une librairie de jeunesse (ou je passe quelques heures par semaine pour apprendre le français – je suis allemande) je vient de lire votre courrier électronique à la Citrouille. Le contenu m´a un peu choquée et je voudrais y répondre en vous précisant mon point de vue.

Je suis tout à fait d’accord en ce que concerne la situation de notre monde que vous avez décrite. Vous avez raison, nous vivons toujours dans une sorte de jungle moderne qui semble être régit par les lois primitives de «tuer ou être tué», «le plus fort gagne, aussi bien sur le plan physique que psychique ».

Mais je ne partage pas du tout votre opinion sur l´inutilité, la futilité du travail des libraires jeunesses – des marchands de mots, d'images, didées, de pensées.

Dans les librairies jeunesse vous trouvez tout ce qui aide la génération qui nous suit de trouver son chemin dans ce monde que nous leur avons préparé et dont aujourd’hui nous sommes responsables. Il y a des livres documentaires sur n’importe quel sujet qui peuvent être intéressants ou utiles pour eux. Il y a les cadeaux merveilleux de grands poètes rêveurs et grands esprits et il y a les œuvres des auteurs moins connus, moins célèbres, mais tout aussi précieux.

Est-ce que tout ça sert à quelque chose ? Moi, je suis profondément convaincue que oui.

Pour quelle raison ?

Dans les livres que les libraires de jeunesses choisissent parmi des innombrables publications qui inondent le marché et dont il doivent séparer le bon grain de l’ivraie on trouve certes, aussi, les mêmes images décourageantes que vous avez décrites. Mais contrairement à ce que vendent les grandes librairies et les grandes surfaces (qui vendent surtout ce que se vend bien) un libraire de jeunesse peut conseiller quelque chose qui ne s’arrête pas là. Ce qu’ils savent conseiller sont des livres qui donnent des réponses, qui incitent à se lever pour changer quelque chose, qui montrent qu’il y a une issue de toute situation, aussi désespérée qu’elle soit. En bref, on y trouve de meilleurs chemins et des aides pour pouvoir les emprunter.

J’ai suivi maintenant depuis plus de deux ans leur travail plein d’engagement et de dévouement. Et j’espère de tout mon cœur que ces petites librairies pourront continuer leur action positive au service des enfants et adolescents et ne se laisseront pas décourager. Puisque à part de leur charge de travail déjà très élevée ils doivent en plus se battre quotidiennement contre la concurrence économiquement plus forte et écrasante. La semaine des 35 heures restera pour eux certainement encore, un petit moment, un rêve lointain.

Pour moi, ces librairies jeunesse sont comme des phares. Elles sont là, elles illuminent et montrent le chemin à chacun qui s’y confie.

Je vous souhaite comme je souhaite aux libraires de jeunesse un avenir heureux, plein d’espoir et de sérénité et de joie.

Meilleures salutations,

Caren Gayk »

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